Edwy Plenel

Edwy Plenel

La troisième équipe, Souvenirs de l’affaire Greenpeace
Don Quichotte

Le livre
Le 10 juillet 2015, cela fera 30 ans que le Rainbow Warrior, navire amiral de Greenpeace, a été coulé dans le port d’Auckland (Nouvelle-Zélande), par deux nageurs de combat de la DGSE. Cet attentat aux antipodes fut un scandale mondial débouchant sur une affaire d’État en France.
« En septembre 1985, le ministre de la Défense et le patron de la DGSE furent contraints de démissionner sous l’effet de révélations de presse qui firent tomber le château de cartes du mensonge officiel.
Jeune journaliste au Monde – j’allais avoir, cet été-là, trente-trois ans –, je fus à l’origine de ces informations qui, soudain, firent surgir le journalisme d’enquête, ses révélations et ses tensions, à la Une du quotidien alors de référence, bible des élites politiques, étatiques et économiques du pays. Si j’ai écrit plusieurs livres, mêlant réflexion et témoignage, sur les réalités, et notamment les affaires, que j’ai eu à traiter durant près de quarante ans de journalisme, je n’ai jamais rien dit de cette histoire emblématique.
J’ai même longtemps choisi de me taire face à toutes les bêtises, approximations ou rumeurs, qui s’en sont emparées. Le journalisme conformiste, que j’aime appeler de gouvernement, n’est pas le dernier à nier les vérités qui dérangent. Et son commanditaire silencieux, l’État profond, dont les servitudes n’ont pas d’étiquette partisane, n’aime guère perdre face au désordre incarné par le journalisme sans fils à la patte, libre et indocile. Mais j’ai préféré laisser dire, respectant un délai de viduité qui était aussi une forme de respect pour les acteurs opérationnels d’une mission dont le pouvoir présidentiel d’alors, celui de François Mitterrand, était seul coupable et comptable.
C’est ce silence que j’ai décidé de rompre. D’abord parce que l’affaire Greenpeace est une leçon de choses journalistique, salutairement démystificatrice sur ce qu’est une enquête, son artisanat, son travail collectif, ses intuitions, ses tâtonnements, ses risques. Ensuite parce que ce scandale d’État éclaire d’une lumière aveuglante la réalité faiblement démocratique du présidentialisme français, ses abus de pouvoir potentiels et les risques qu’ils font courir à notre pays. Enfin, tout simplement, parce que l’acteur de cette histoire que je fus, en raison de l’effet politique des révélations du Monde, n’a plus envie que d’autres la malmènent ou la déforment. »

 L’ auteur
Journaliste politique français, directeur de la rédaction du quotidien Le Monde de 1996 jusqu’en novembre 2004, Edwy Plenel est cofondateur et président de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif.
Il a publié une vingtaine d’ouvrages, dont L’Effet Le Pen (en collaboration, 1984), La République inachevée sous-titré L’État et l’école en France (1985), La Part d’ombre (1992), Secrets de jeunesse (2001), qui a été distingué par le prix Médicis essai, La Découverte du monde (2002), Procès (2006), Le Président de trop (2011), Le Droit de savoir (2013) et Dire non (2014).