LECTURE  ARMÉNIE, MÉMOIRE DE MA MÉMOIRE
DIMANCHE 4 OCTOBRE À 14 H
AU CINÉMA LA STRADA

de Gérard Chaliand
par Jacques Bourdat

«La mémoire de ma mémoire n’est pas ce que j’ai vécu mais ce dont j’ai hérité. L’écho d’un passé. Elle est la partie immergée de mon histoire. L’amont nocturne de ma saga.»
Gérard Chaliand est d’origine arménienne. Longtemps il a refusé de porter le poids du génocide de 1915 dont ont été victimes les familles de ses grands-parents. Mais la douleur était au fond de lui et, depuis vingt ans, il écrivait par bribes ce texte qu’il publie aujourd’hui. Il y a mêlé sa rigueur d’historien, sa ferveur, sa compassion filiale et la violence épique de son inspiration poétique. On trouve rarement dans la littérature contemporaine des pages aussi intenses que celles que Chaliand consacre ici à la fureur de la destruction et à l’ivresse des massacres. «Il y a de longues années que je porte ces pages sans pouvoir me résoudre à les écrire. Maintenant que tout le monde est mort depuis longtemps déjà et que ma fin elle-même n’est point si lointaine, il est grand temps de rappeler ce meurtre collectif. (…) Longtemps j’ai rejeté cet héritage. Pourquoi devais-je endosser le manteau de douleur? Me complaire dans le rôle de victime par transmission? Commémorer les dates marquant le désastre? Tout cela appartenait au passé. Je n’en voulais pas, j’étais dans un autre univers, le mien, dans une autre langue, la mienne, avec une autre histoire, que je partageais, qui fondait ma façon de voir le monde, de le comprendre. (…) Et il y avait le monde à explorer, à parcourir, d’autres luttes, immédiates, un présent qu’on pouvait peut-être changer, des conflits ou s’impliquer, l’odeur de poudre et d’espoir d’un monde en train de se faire tandis que des peuples se libéraient. Quand mon père, puis ma mère sont morts et que les circonstances s’y sont prêtées, j’ai désiré, après tant d’autres luttes auxquelles j’avais participé, m’incliner enfin devant ce passé dont je n’avais pas voulu et qui longtemps ne m’a plus occupé. Il est juste, enfin, d’accepter l’originelle blessure et d’en assumer la douleur, pour un dernier adieu.»